La maïeutique, une méthodologie de transfert des connaissances

Maïeutique selon Socrate

Extrait de la discussion entre Socrate et Théétète,

« … quant à mon art d’accoucher à moi, il a par ailleurs, toutes les mêmes propriétés que celui des sages-femmes … c’est sur l’enfantement de leurs âmes, et non de leurs corps, que porte son examen… c’est d’être capable de faire sur la pensée… , l’épreuve de ce qu’elle enfante, et de voir … quelque chose de viable et de vrai. »

Théétète: la maïeutique, Platon Œuvres Complètes II, traduction Léon Robin, Bibliothèque de la Pléiade, Ed. Gallimard, 1950, p. 93

Un peu plus loin sur le déroulement même du processus de la maïeutique

… Chez moi, il n’y a point d’enfantement de savoir …, ceux qui me fréquentent donnent, pour commencer, l’impression d’être ignorants … mais chez tous, avec les progrès de cette fréquentation, c’est merveille tout ce qu’ils gagnent… c’est de leur propre fond qu’ils ont fait nombre de belles découvertes, par eux-mêmes enfantées.

Socrate se définit comme étant « l’accoucheur » de la connaissance détenue par l’interlocuteur, le connaissant. En ce sens, on peu considérer que la Maïeutique est une méthode (voire un art) de l’accouchement de la connaissance détenue par un connaissant.

Maïeutique en transfert des connaissances

Dans nos sociétés nombre de protocoles, techniques, plans de développement, projets, sont mis en place pour récolter et gérer la connaissance. Tous les acteurs de ces projets s’entendent pour dire que les réussites mitigées où même les échecs sont le fait du facteur humain et ceci malgré le sérieux et la qualité théorique de ce qui est mis en place techniquement parlant. De toucher à ce savoir est une activité qui touche à l’intimité de celui qui le possède. C’est cette caractéristique de la problématique  qui est au mieux sous estimée, au pire totalement ignorée et auquel la maïeutique apporte une voie. Pour accéder à ce savoir et y « toucher », il faut comprendre que cela ne peut se faire sans avoir au préalable créé une intimité réelle avec le porteur de savoir; une intimité faite de respect, d’intérêt réel et de désir de découverte de l’autre qui ne peut souffrir le manque d’authenticité.

Par la maïeutique, la personne qui collecte le savoir peut garder cette attitude de non jugement, de détachement mais en même temps de complet respect d’où en est le porteur de savoir. Tout comme dans un accouchement, il doit tenir compte de l’état de la parturiente et créer rapidement un climat  de confiance et de sécurité qui sera propice au laissé aller de la personne qui accouche et permettre le « passage ».

Cette notion de passage est primordiale. A l’issue de l’accouchement, de ce passage, plus personne n’est pareil et il faut tenir compte de ce paramètre. Celui qui livre son savoir doit se sentir respecté, valoriser. Moindrement qu’il ressent un danger pour lui-même , il n’acceptera pas d’aller dans cet exercice. Au contraire il doit sentir que cette activité en est une qui s’inscrit dans un grand courant humain noble et valorisant comme les bâtisseurs de cathédrales qui transmettaient leur savoir dans des règles et une fierté particulière. Dans cet esprit le maïeuticien représente le maillon nécessaire pour cette noble entreprise fondamentalement humaine, celui qui maitrise le savoir faire de l’élicitation mais ne possède pas les savoirs et surtout qui doit agir en s’appuyant sur son propre savoir être lui permettant de faire accoucher le porteur de savoir de ses savoirs faire en respectant aussi son être.

Voir aussi
http://fr.slideshare.net/michelheon/de-la-maeutique-applique-la-construction-dune-mmoire-dentreprise-ontologie

Rédaction en collaboration avec Dre Élisabeth Camus MV, DO

Dr Michel Héon
http://www.cotechnoe.com

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